Offre dynamique : l’heure garde 97,5 % du gain du décalage
Le 1er octobre 2025, le prix spot day-ahead français est passé du pas horaire au pas de 15 minutes. Il y a désormais 96 prix par jour au lieu de 24. Les offres d’électricité à tarification dynamique, elles, reposent sur une définition de 2021 de la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Elle est assouplie à titre transitoire jusqu’au 30 juin 2027.
Selon cette définition, le prix de l’énergie est indexé pour au moins 50 % sur le marché au comptant. Il en reflète les variations « a minima au pas horaire ». Dans sa consultation de janvier 2026, la CRE juge le maintien du pas horaire satisfaisant. Elle envisage aussi des plages de prix homogène, avec une durée maximale par plage, « par exemple quatre heures ».
La CRE a annoncé une délibération d’ici octobre 2026. Au 4 octobre 2026, elle n’était pas publiée. Neuf fournisseurs devront proposer, à partir du 1er juillet 2027, une offre répondant à la définition de la CRE.
Boncourant a mesuré ce que garde chaque découpage, sur les 35 040 quarts d’heure du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026. Le test est simple. Chaque jour, un usage se place au moment le moins cher que le signal laisse voir, et paie le prix affiché. Il dure une heure, puis deux, puis quatre.
En moyenne sur l’année, la journée a coûté 76,75 €/MWh au prix de gros. Pour un usage d’une heure, la fenêtre la moins chère repérée au quart d’heure a coûté 20,00 €/MWh. Avec un prix horaire, 21,43 €/MWh. Avec des plages fixes de quatre heures calées sur minuit, 29,65 €/MWh.
Le prix horaire garde donc 97,5 % du gain du décalage. Des plages fixes de quatre heures calées sur minuit, le meilleur calage testé, en gardent 83,0 %. Pour un usage court, le choix décisif n’est donc pas entre l’heure et le quart d’heure. Il est entre un signal qui suit les prix du jour et une grille figée.
Cet écart fond quand l’usage s’allonge. Pour un usage de quatre heures, des plages fixes gardent 94,3 % du gain, et le prix horaire 98,7 %. Un usage aussi long que la plage souffre peu de sa rigidité.
Ces chiffres sont des prix de gros. Une offre dynamique n’en répercute qu’une partie, avant la marge du fournisseur, l’acheminement et les taxes. Ils ne disent pas non plus combien de foyers suivraient chaque signal : cette donnée manque.
Combien le découpage pèse-t-il en euros ?
Quelques euros par an sur l’exemple, parfois moins que la construction du prix de l’offre. Au prix de gros, décaler une heure par jour rapporte 56,75 €/MWh avec un signal au quart d’heure, par rapport au prix moyen de la journée.
Le prix horaire en perd 1,43 €/MWh, des plages fixes de quatre heures calées sur minuit 9,65 €/MWh.
Exemple, avec une hypothèse d’illustration : un foyer décale 2 MWh par an, par blocs d’une heure par jour. Au prix de gros, ce décalage vaut 113,50 € par an avec un signal au quart d’heure. Le prix horaire en perd 2,86 €, des plages fixes de quatre heures calées sur minuit 19,30 €. Décalés par blocs de quatre heures, ces 2 MWh ne perdent que 5,68 € avec les mêmes plages.
La construction du prix peut peser davantage. La définition actuelle de la CRE fixe un seuil d’indexation sur le marché d’au moins la moitié, rapporté aux volumes de consommation prévus. Ce que le décalage rapporte dépend de la façon dont l’offre construit son prix. Si seule la moitié du prix de chaque kWh suit le spot, seule la moitié de ces montants passe dans le prix. Sur l’exemple, la moitié du gain disparaît alors, plus que l’écart entre deux découpages. Une offre qui facture au spot chaque kWh décalé transmet au contraire tout le gain de gros.
Ce n’est pas une économie sur facture. Le reste du prix, la marge, l’acheminement et les taxes ne sont pas mesurés ici.
Quel découpage exiger selon la durée de votre usage ?
Plus l’usage pilotable est court, plus des plages fixes coûtent cher. Pour une heure par jour, elles perdent au moins 17,0 % du gain ; pour quatre heures, 5,7 %.
| Usage décalé chaque jour | Gain avec un prix au quart d’heure | Part gardée par un prix horaire | Part gardée par des plages fixes de 4 heures | Perte des plages fixes |
|---|---|---|---|---|
| 1 heure | 56,75 €/MWh | 97,5 % | 83,0 % | 9,65 €/MWh |
| 2 heures | 54,34 €/MWh | 98,3 % | 86,7 % | 7,24 €/MWh |
| 4 heures | 49,94 €/MWh | 98,7 % | 94,3 % | 2,84 €/MWh |
Lecture : gain au prix de gros par rapport au prix moyen de la journée, du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026. Plages fixes calées sur minuit, le meilleur des quatre calages testés pour chaque durée.
La règle qui en découle tient en trois cas.
- Usage court, environ une heure, piloté par un automatisme : exigez au moins un prix horaire.
- Usage qui dure autant que la plage, soit quatre heures : des plages fixes perdent peu. Leur lisibilité peut valoir cet écart.
- Aucun usage que vous pouvez déplacer : le découpage importe peu, faute de décalage. Comparez d’abord votre option actuelle.
Le test s’arrête à quatre heures, la durée d’une plage. Un usage plus long chevauche deux plages ; ce cas n’est pas mesuré ici.
Des plages redécoupées chaque jour à partir des prix de la veille n’ont pas été soumises à ce test : leur gain reste à mesurer.
À quelles heures le motif du quart d’heure est-il le plus marqué ?
De 8 h à 11 h, de 16 h à 19 h et à minuit. À ces heures, le dernier quart d’heure s’écarte en moyenne du premier de plus de 20 €/MWh.
C’est un motif moyen. Les prix étant publiés la veille, un automatisme peut aussi exploiter les écarts propres à chaque jour, à d’autres heures.
Le sens du motif dépend de l’heure. De 20 h à 4 h et de 8 h à 14 h, le prix baisse en moyenne au fil de l’heure. De 14 h à 20 h, il monte.
À 18 h, le dernier quart d’heure coûte en moyenne 44,4 €/MWh de plus que le premier. C’est le cas 94,8 % des jours. À 9 h, l’écart vaut −39,2 €/MWh : le dernier quart n’a été plus cher que le premier que 1,9 % des jours.
Le motif tient toute l’année. À 18 h, l’écart moyen est positif 12 mois sur 12 ; à 9 h, il est négatif 12 mois sur 12. Son ampleur varie : à 18 h, de 10,3 €/MWh en janvier 2026 à 80,6 €/MWh en septembre 2026.
RTE décrit le même profil « en dent de scie » au sein de chaque heure, plus marqué le matin et le soir. Nos données de prix décrivent ce motif ; elles n’en isolent pas la cause.
Avec un prix horaire, ce motif ne change rien à votre facture : les quatre quarts paient le même prix. Avec un prix au quart d’heure, l’heure ronde compte. À 17 h et 18 h, le premier quart est en moyenne le moins cher ; à 8 h et 9 h, c’est le dernier. Le détail heure par heure figure dans la méthode, en fin d’article.
Ce que cela change pour vous
Pour un usage court et piloté, exigez au moins un prix horaire. Pour un usage de quatre heures, des plages fixes conviennent presque aussi bien. Si seule la moitié du prix de chaque kWh suit le spot, cette construction retire toutefois plus de gain que le découpage. Avant de signer une offre dynamique, vérifiez six points.
- La durée de votre usage déplaçable : tient-il en une heure par jour, ou s’étale-t-il sur quatre ?
- La part du prix de chaque kWh décalé qui suit le spot. Le seuil de la CRE, d’au moins 50 %, porte sur les volumes de consommation prévus.
- Le pas de temps du prix : quart d’heure, heure ou plages.
- Si l’offre propose des plages, sont-elles fixes ou redécoupées chaque jour ? Des plages fixes conviennent aux usages longs ; les plages redécoupées n’ont pas été testées ici.
- Le pilotage : un prix au quart d’heure suppose un automatisme qui suit les prix publiés la veille. Le motif moyen est le plus marqué de 8 h à 11 h, de 16 h à 19 h et à minuit.
- Votre option actuelle, testée sur votre consommation réelle. Rester en heures creuses peut être le bon choix.
Le fonctionnement de ces contrats est détaillé sur notre page offre à prix dynamique. Pour savoir à quelles heures le spot est le moins cher, voyez notre étude des heures creuses de midi.
Pourquoi la CRE envisage-t-elle des plages ?
Pour les foyers que le pas horaire dissuade. Sa consultation de janvier 2026 en cite trois. Ceux qui veulent réagir eux-mêmes, ceux sans outil de pilotage, et « ceux dont les usages déplaçables ont des durées particulièrement longues ».
Nos données donnent raison au troisième argument. Pour un usage de quatre heures, des plages fixes gardent 94,3 % du gain, contre 98,7 % pour un prix horaire.
Les deux autres portent sur les comportements, que nos données ne mesurent pas. Un signal simple, suivi sans automatisme, peut rapporter davantage qu’un signal fin que personne ne suit. Nos données montrent seulement où se perd le signal : dans la rigidité des plages, surtout pour les usages courts. Elles portent aussi sur une seule année de prix.
Ce constat changerait si la dent de scie s’effaçait dans les prochains trimestres. Il changerait aussi si, une autre année, des plages fixes approchaient le prix horaire pour un usage d’une heure. Ici, elles gardent au mieux 83,0 % du gain, contre 97,5 % pour l’heure.
Si votre usage déplaçable tient en une heure, accepteriez-vous des plages de quatre heures plus lisibles, au prix d’au moins 17,0 % du gain ?
Un prix au quart d’heure fait-il baisser votre facture ?
Peu. Pour une heure décalée par jour, il ne gagne que 1,43 €/MWh de plus qu’un prix horaire, au prix de gros.
À quelles heures le motif du quart d’heure est-il le plus net ?
En moyenne, de 8 h à 11 h et à minuit, où le prix baisse dans l’heure, et de 16 h à 19 h, où il monte.
Des plages de quatre heures sont-elles une mauvaise idée ?
Pas pour un usage long. Fixes, elles gardent 94,3 % du gain d’un usage de quatre heures, mais au mieux 83,0 % pour un usage d’une heure.
Quand les offres dynamiques changent-elles ?
La CRE doit délibérer d’ici octobre 2026. Neuf fournisseurs devront proposer une offre répondant à sa définition dès le 1er juillet 2027.
Sources
- ENTSO-E Transparency Platform — prix day-ahead, zone de prix France, pas de 15 minutes
- CRE — consultation publique n° 2026-02 du 22 janvier 2026 sur les offres à tarification dynamique
- CRE — délibération n° 2026-128 du 17 juin 2026 (régime transitoire prolongé, liste des fournisseurs obligés)
- CRE — liste des délibérations (consultée le 4 octobre 2026)
- RTE — Bilan électrique 2025, prix : passage au pas de 15 minutes
Méthode, hypothèses et incertitudes
Données : prix day-ahead de la zone France publiés par ENTSO-E au pas de 15 minutes. Période : du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026 inclus, heure de Paris. La série compte 35 040 quarts d’heure, sans trou ni doublon.
Mesure complémentaire, sans usage : part des variations de prix de la journée conservée par chaque découpage. Pour chaque jour, on somme les carrés des écarts des quarts d’heure au prix moyen du jour. Un découpage remplace chaque quart par la moyenne de son bloc ; on rapporte la somme obtenue à la précédente, sur l’ensemble des journées complètes. Le meilleur calage décale les plages fixes de 0 à 3 heures.
Cette mesure ne fonde aucun conseil de l’article, qui repose sur le gain d’un usage décalé. Les deux mesures ne désignent pas le même meilleur calage.
| Découpage du prix | Part des variations de la journée conservée |
|---|---|
| Demi-heure | 97,4 % |
| Heure | 91,9 % |
| Plages fixes de 2 heures | 85,9 % |
| Plages fixes de 4 heures, calées sur minuit | 67,2 % |
| Plages fixes de 4 heures, meilleur calage (début à 2 h) | 76,3 % |
| Huit plages de 4 heures au plus, redécoupées chaque jour | 92,1 % |
Lecture : 363 journées complètes de 96 quarts d’heure, du 1er octobre 2025 au 30 septembre 2026. Les deux jours de changement d’heure sont exclus de ce tableau.
Les huit plages redécoupées sont cherchées jour par jour, parmi toutes les partitions de la journée en huit plages contiguës. Chaque plage dure de 15 minutes à 4 heures et ses frontières tombent sur n’importe quel quart d’heure. Ce 92,1 % est donc une borne haute. Avec des frontières limitées à l’heure ronde, la part ne pourrait être qu’égale ou plus faible. Le gain de ces plages pour un usage décalé n’a pas été mesuré.
Par trimestre civil, l’hiver réduit la part des variations gardée par des plages fixes :
| Trimestre | Prix horaire | Plages fixes de 4 heures (calées sur minuit) |
|---|---|---|
| 4e trimestre 2025 | 83,2 % | 52,6 % |
| 1er trimestre 2026 | 87,7 % | 52,5 % |
| 2e trimestre 2026 | 92,3 % | 74,1 % |
| 3e trimestre 2026 | 94,0 % | 69,2 % |
Gain d’un décalage : chaque jour, un usage d’une heure se place sur la fenêtre la moins chère visible. Au quart d’heure, il peut commencer à n’importe quel quart. Au pas horaire, il commence à l’heure ronde. Avec des plages fixes de quatre heures, il paie la moyenne de la plage la moins chère. Ce test est refait pour quatre calages des plages, débutant à 0 h, 1 h, 2 h ou 3 h. Selon le calage, elles gardent de 76,6 % à 83,0 % du gain d’un usage d’une heure ; minuit donne le meilleur résultat. Le gain se mesure par rapport au prix moyen du jour. Les deux jours de changement d’heure sont exclus des calculs par journée.
Durée de l’usage : le même test est refait pour un usage de deux puis de quatre heures d’un seul tenant. Avec des plages fixes, l’usage doit tenir dans une seule plage. Le meilleur calage reste minuit pour ces deux durées : début à 0 h pour deux heures, 0 h pour quatre heures. Les gains en euros sont des écarts entre moyennes arrondies au centime.
Dent de scie, heure par heure (heure de Paris) :
| Heure (heure de Paris) | Écart moyen : dernier quart moins premier quart | Jours où le dernier quart est plus cher |
|---|---|---|
| 0 h | −25,9 €/MWh | 2,5 % |
| 1 h | −12,4 €/MWh | 6,8 % |
| 2 h | −14,0 €/MWh | 4,4 % |
| 3 h | −7,4 €/MWh | 14,8 % |
| 4 h | 1,2 €/MWh | 56,4 % |
| 5 h | 7,9 €/MWh | 75,6 % |
| 6 h | 11,5 €/MWh | 76,2 % |
| 7 h | −0,7 €/MWh | 52,1 % |
| 8 h | −32,4 €/MWh | 14,2 % |
| 9 h | −39,2 €/MWh | 1,9 % |
| 10 h | −27,8 €/MWh | 1,6 % |
| 11 h | −13,5 €/MWh | 7,7 % |
| 12 h | −9,8 €/MWh | 15,3 % |
| 13 h | −8,1 €/MWh | 12,6 % |
| 14 h | 4,8 €/MWh | 64,4 % |
| 15 h | 10,1 €/MWh | 72,3 % |
| 16 h | 20,9 €/MWh | 89,3 % |
| 17 h | 35,1 €/MWh | 95,3 % |
| 18 h | 44,4 €/MWh | 94,8 % |
| 19 h | 19,3 €/MWh | 62,5 % |
| 20 h | −6,9 €/MWh | 36,2 % |
| 21 h | −19,3 €/MWh | 15,3 % |
| 22 h | −6,9 €/MWh | 23,6 % |
| 23 h | −17,0 €/MWh | 3,3 % |
Lecture : à 18 h, le quart de 18 h 45 coûte en moyenne 44,4 €/MWh de plus que celui de 18 h. L’écart maximal moyen entre deux quarts de cette heure atteint 46,4 €/MWh.
Hypothèses : 2 MWh décalés par an servent d’illustration, pas de moyenne. Aucune offre réelle n’est simulée : le catalogue étudié par Boncourant ne contient pas d’offre dynamique. Le comportement des clients n’est pas mesuré.
Limites : prix de gros seuls, sans part non indexée, marge, acheminement ni taxes. Une seule année, dont les niveaux de prix ne se répéteront pas tels quels. Pas une prévision, pas une évaluation des offres d’un fournisseur.
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